Pneumologie

Le pneumologue et l’environnement

Publié le 17 septembre 2026

Le pneumologue et l’environnement

En pratique clinique, quelles sont aujourd’hui les expositions environnementales les plus impactantes pour les patients suivis en pneumologie ?

Plusieurs expositions reviennent de façon récurrente et structurante dans nos consultations. En premier lieu, les moisissures, notamment dans les logements précaires ou mal ventilés. Elles sont à l’origine de pneumopathies d’hypersensibilité et peuvent déclencher ou aggraver des asthmes sévères. On observe notamment des tableaux d’aspergillose bronchopulmonaire allergique liée à l’exposition à Aspergillus, avec des conséquences respiratoires parfois majeures.

L’exposition aux pollens constitue également un facteur très fréquent d’aggravation chez les patients asthmatiques. Elle participe à l’augmentation des symptômes, des exacerbations et du recours aux soins, en particulier lors des saisons polliniques intenses.

Les virus respiratoires saisonniers occupent aussi une place centrale. Ils favorisent les exacerbations de la BPCO, de l’asthme et des fibroses pulmonaires. Depuis la pandémie, nous avons une perception plus fine de leur virulence, de leur rémanence et de leur agressivité, qui semblent étroitement liées au niveau de pollution ambiante. Il existe un impact indirect mais très réel de la pollution, que l’on observe à travers la concomitance entre épidémies virales et pics de pollution atmosphérique.

Enfin, la pollution atmosphérique elle-même fait l’objet d’une prise de conscience collective croissante, tant du côté des soignants que des patients. Elle est désormais identifiée comme un déterminant majeur de santé respiratoire.

Et bien sûr, le tabac reste la première cause de maladies respiratoires dans notre patientèle. Il demeure une source majeure de morbidité, avec des effets délétères cumulatifs et persistants, malgré les progrès réalisés en matière de prévention.

Quelle place occupent les expositions professionnelles dans la genèse ou l’aggravation des pathologies respiratoires ?

Les expositions professionnelles sont extrêmement fréquentes chez les patients atteints de pathologies respiratoires chroniques ou sévères. On retrouve souvent, chez les patients présentant un cancer du poumon, une BPCO, un asthme ou une fibrose pulmonaire, des parcours professionnels dans les secteurs industriels, avec des expositions à l’amiante, à la silice cristalline ou aux poussières de métaux.

Le secteur agricole est également concerné, avec des expositions répétées aux pesticides et à des cocktails d’agents chimiques complexes, dont les effets respiratoires sont parfois sous-estimés. Par ailleurs, de nombreux allergènes respiratoires professionnels sont impliqués, notamment les moisissures ou certaines substances chimiques, responsables de sensibilisations ou d’exacerbations chez les patients asthmatiques.

On observe aujourd’hui une sensibilisation accrue des pneumologues à ces expositions professionnelles. L’interrogatoire environnemental et professionnel fait désormais partie intégrante de l’évaluation clinique, car il conditionne à la fois le diagnostic, la prise en charge et les stratégies de prévention à long terme.

Comment a évolué la qualité de l’air ces dernières décennies, et quels en sont les marqueurs fonctionnels en pratique pneumologique ?

Sur le plan global, il existe plutôt une évolution favorable. Depuis une vingtaine d’années, en France comme dans la majorité des pays européens, on observe une amélioration de la qualité de l’air, avec une baisse des concentrations moyennes annuelles de dioxyde d’azote et de particules fines.

Cette amélioration ne doit cependant pas masquer plusieurs limites importantes. D’une part, certains polluants n’ont pas bénéficié de cette dynamique. C’est le cas de l’ozone, pour lequel aucune amélioration significative n’est observée, et des pesticides, qui ne sont d’ailleurs pas mesurés dans l’air de façon routinière, malgré leur impact potentiel.

D’autre part, nous restons confrontés à des dégradations ponctuelles mais répétées de la qualité de l’air. Les pics de pollution, qu’ils soient liés à l’ozone ou aux particules, surviennent de manière cyclique et ont un retentissement clinique très concret.

Les liens entre ces épisodes de pollution aiguë et la santé respiratoire sont aujourd’hui clairement établis par de nombreuses études épidémiologiques. Ils montrent une corrélation directe avec la dégradation de la fonction respiratoire, l’augmentation des exacerbations, des hospitalisations, du recours aux soins et aux traitements, ainsi qu’avec la mortalité respiratoire.

En pratique, ces données nous rappellent que, malgré une amélioration moyenne des indicateurs, l’exposition aiguë reste un enjeu majeur pour nos patients les plus fragiles.

Quels profils de patients sont les plus vulnérables et comment l’environnement influence-t-il les décisions thérapeutiques ?

De manière générale, tous les patients atteints de maladies respiratoires chroniques sont plus vulnérables que la population générale face à la pollution atmosphérique. Cela concerne aussi bien les patients asthmatiques, BPCO, que ceux atteints de fibroses pulmonaires ou de pathologies respiratoires plus rares.

Lors des pics de pollution, il existe des recommandations simples mais importantes à rappeler aux patients. Il est conseillé d’éviter l’activité physique, qu’elle soit en extérieur mais aussi en intérieur lorsque l’air est insuffisamment renouvelé. Il faut également limiter les déplacements aux heures de pointe, et, en cas de pics d’ozone, éviter les heures les plus ensoleillées, généralement entre midi et 16 heures, période durant laquelle les concentrations sont maximales.

Lorsque l’exposition environnementale est clairement identifiée comme causale dans la survenue de la maladie, comme c’est le cas pour certains allergènes ou dans les pneumopathies d’hypersensibilité d’origine professionnelle, l’éviction totale de l’exposition est un élément majeur du traitement. Elle conditionne directement l’évolution de la maladie et l’efficacité des thérapeutiques mises en place. Sans cette éviction, les traitements médicamenteux seuls sont souvent insuffisants.

A l’inverse, la pollution atmosphérique est le plus souvent un facteur parmi d’autres dans la genèse des maladies respiratoires, qu’il s’agisse des fibroses pulmonaires, de la BPCO, du cancer du poumon ou de l’asthme. Dans ce contexte, l’éviction complète est impossible. Le travail du pneumologue consiste alors à identifier et à réduire au maximum les sources de pollution évitables, en particulier la pollution intérieure, qui est souvent très concentrée et fortement corrélée à la pollution extérieure.

Cela passe par une évaluation fine de l’environnement de vie du patient, car ces leviers, bien que parfois sous-estimés, peuvent avoir un impact clinique réel.

Quel est l’impact environnemental des soins en pneumologie et quelles sont les actions hospitalières associées ?

La question de l’impact environnemental des traitements prend une place croissante. Personnellement, j’ai une prise de conscience, mais notre connaissance des impacts précis reste limitée. Par exemple, concernant les dispositifs inhalés, la comparaison entre sprays à gaz et sprays poudre est complexe, et influencée par des enjeux de lobby, donc nos pratiques thérapeutiques n’ont pas changé.

Le débat est également présent sur les fibroscopes jetables. Ils consomment moins d’eau, mais génèrent beaucoup de plastique. La question reste donc difficile, et aucune recommandation claire n’existe à ce jour.

Au niveau hospitalier, la pneumologie n’occupe pas de position particulière sur les questions environnementales, car il s’agit d’un sujet transversal. Beaucoup d’établissements disposent désormais d’un référent environnement qui coordonne des actions concrètes, évitant le greenwashing. Nous utilisons des filtres individuels et du matériel jetable dans nos pratiques quotidiennes.

Quels messages concrets recommandez-vous aux patients pour limiter l’impact environnemental et protéger leur santé respiratoire ?

Plusieurs axes sont essentiels. Le premier est l’arrêt du tabac, première cause de cancer et de BPCO en France. Les patients respiratoires sont également plus vulnérables à la pollution que la population générale. Je conseille de consulter quotidiennement la qualité de l’air, comme on suit la météo, et de limiter les sorties et l’activité physique pendant les pics de pollution.

La pollution et les virus agissent en synergie, rendant les infections plus graves. La vaccination reste donc un outil essentiel, et le port du masque pendant les pics peut protéger des virus, mais pas des polluants.

Concernant l’activité physique, faire du vélo à proximité des pots d’échappement augmente l’exposition aux particules. Pour les malades, le vélo d’appartement ou le vélo électrique en intérieur est beaucoup plus bénéfique.

La qualité de l’air intérieur est cruciale. Le logement doit être sain : aérer plusieurs fois par jour, prévenir l’humidité et les moisissures, limiter toutes formes de combustion. Le problème majeur est que beaucoup de patients vivent dans des logements dégradés sans possibilité de les changer.

Quelles priorités pour l’avenir en matière d’environnement et de pneumologie ?

Chaque patient respiratoire devrait bénéficier d’une enquête de son environnement intérieur, idéalement par un conseiller spécialisé, pour vérifier ventilations et conditions de vie. Les Conseillers Médicaux en Environnement Intérieur existent mais sont encore très rares. Nous passons 80 % de notre temps à l’intérieur, ce qui rend le bâti et la qualité de l’air intérieure essentiels.

Il faut également prendre en compte les enjeux sociaux : beaucoup de logements sociaux sont dans un état pitoyable, et les patients respiratoires sont souvent moins aisés que la moyenne. Améliorer le logement pourrait réduire l’incidence de certaines maladies et les coûts de santé.

Enfin, le dépistage des populations à risque (expositions cumulées dans le bâtiment, tabac, habitat proche du périphérique) pourrait être utile. Cependant, il ne sert à rien sans possibilité de modifier l’exposition. Cela a été démontré pour le dépistage du cancer du poumon chez les fumeurs, et reste à valider pour d’autres pathologies.

Quelles ressources recommandez-vous pour approfondir la question de l’environnement et du climat en pneumologie ?

La SPLF a développé plusieurs ressources intéressantes. Il est possible de trouver un expert sur le côté durable si nécessaire. Nous avons notamment les "capsules pollution climat SPLF", une série de 30 podcasts de 5 minutes avec des experts couvrant les effets de la pollution sur la santé, du climat sur la santé, et de l’impact de la santé sur le climat. Le Dr Valua Hélain y intervient dans un podcast de 8 minutes sur l’impact de la santé sur le climat. Chaque podcast est accompagné de diapositives et de références.

Ces podcasts sont accessibles via Google en cherchant « capsule pollution climat SPLF » directement sur l’application podcast iPhone ou via le QR code ci-contre.

 QR code Dr Lucile Sésé

Propos recueillis par la rédaction de L'Internat de Paris