L'édito Ophtalmologie
Publié le 1 septembre 2026
Il y a 30 ans, j'ai choisi de devenir ophtalmologiste. Mon choix était murement réfléchi. Je me sentais chirurgien dans l'âme et dans les mains, médecin dans la tête, et intéressé par l'imagerie de pointe. J'aime la précision dans le geste, comme dans l'approche d'un problème médical. Je n'ai jamais regretté mon choix. Je ne connais pas d'ophtalmologiste qui le regrette. L'ophtalmologie de 2026 n'est plus du tout celle de mes début. Tant mieux. Dans toutes les pratiques possibles de l'ophtalmologie, il est difficile de ne pas s'épanouir. J'ai découvert en chemin le dynamisme de cette spécialité, de la recherche dans ce domaine et des métiers qui l'entourent. Si une chose est constante en ophtalmologie, c'est bien l'évolution. Elle est façonnée par les recherches médicochirurgicales, les progrès techniques, les adaptations de pratiques organisationnelles, ses outils pédagogiques modernes et son internationalisation. Un interne en ophtalmologie ne terminera assurément pas sa carrière comme il l'a commencée.
La formation en ophtalmologie est parfois ludique, mais particulièrement ardue au début. Parmi l'élite que représentent les étudiants en médecine, cette spécialité recrute depuis un demi-siècle ceux qui ont été le mieux reçus à l'examen national classant. En phase socle, le choc est rude pour ceux qui maitrisent si bien le programme de deuxième cycle. Ils sont les têtes de pont des étudiants en médecine. Le meilleur étudiant en médecine redevient le temps des vacances un béotien ignorant, dans un environnement médico-chirurgical ultra codifié qu'il découvre. L'ophtalmologie est un monde à part, assez indépendant. De plus, ophtalmologie et approximation ne font pas très bon ménage. Le programme du 2eme cycle ne prépare pas vraiment à l'ophtalmologie de la vraie vie, celle du petit détail et de la réalité du patient. Un débutant se confronte au jargon un peu hermétique de la spécialité, ses acronymes peu intuitifs, ses gestes techniques nouveaux, à la gestion du handicap sensoriel. Soigner les yeux fait appel à des compétences médicales et pharmacologiques larges. Le programme pédagogique est très dense au début, entre cours, séances de simulation et clinique, l'ennui est impossible. Il faut apprendre les bases très vite. Heureusement, la tendance au découragement initial est très vite gommée. Les collègues plus âgés bienveillants, l'émerveillement du nouveau monde passionnant qui se dévoile et le champs des possibles prennent rapidement le dessus. Ils ouvrent tant d'horizons variés et de possibilités évolutives.
Le DES d'ophtalmologie de Paris – Ile de France est attrayant en de nombreux aspects. Il bénéficie d'un programme d'enseignement très structuré, interactif et dynamique. Il s'appuie sur une quarantaine d'enseignants renommés et bien plus encore de séniors en compagnonnage. Il se base initialement sur la simulation chirurgicale grâce à un plateau technique très développé. La plupart des cours magistraux théoriques sont captés. Ils sont étudiés en autonomie. En effet, nous avons fait évoluer nos enseignements présentiels pour favoriser l'échange interactif pédagogique. L'échange direct devient un cadre très privilégié de transmission des connaissances grâce aux experts reconnus dans leurs hyperspécialités respectives qui interviennent dans le DES, alors même que, pour d'autres confrères ou apprenants d'autres horizons, ils sont difficilement accessibles car très convoités sur les tribunes nationales et internationales. L'interrégion d'ophtalmologie a enfin le grand privilège d'adosser son enseignement théorique à des terrains de stages prestigieux, à la pointe des connaissances comme des progrès techniques, très interconnectés avec la recherche la plus pointue.
Cela ne vous a surement pas échappé, la pratique de l'ophtalmologie s'est illustrée dans les protocoles pluriprofessionnels d'exercice et la télémédecine. Notre spécialité est très en pointe dans la mutation de ses conditions d'exercice. Nous collaborons étroitement avec les infirmières, les orthoptistes, les ingénieurs biomédicaux, est avec beaucoup de spécialités MCO. Après les protocoles d'exercice, elle s'adapte à la nouvelle ère dans laquelle entre maintenant l'espèce humaine : l'IA. L'interprétation de nos données d'imagerie en est une illustration très actuelle. Beaucoup de taches aujourd'hui dévolues au médecin ophtalmologiste seront très vraisemblablement transférées bientôt à la compétence imbattable de l'IA. Je vois cela comme une opportunité de restituer au praticien sa première fonction, l'échange avec le patient. L'interne enseigné ne sera probablement plus l'actuel fidèle restituteur du savoir. Il sera probablement appelé à devenir un enseignant pour le patient avide d'explications et de réassurance. Serviteur médical bienveillant et empathique, son écoute compétente et proactive devra fournir l'interface humaine indispensable, le chemin qui garantira que la réponse technique reste bien adaptée. L'ophtalmologiste l'implémentera ensuite par le soin. Car l'ophtalmologie est chirurgicale. Même un futur robot autonome pour une procédure de chirurgie spécifique doit rester contrôlé et au besoin substitué par un chirurgien compétent. On le voit, l'acquisition de la compétence en ophtalmologie et son entretien tout au long d'une belle carrière ne sont pas menacés. Bien au contraire. La menace pour les patients serait à l'inverse. L'enseignement et la pratique de la chirurgie en ophtalmologie ont certainement encore de beau jours devant eux.
