Pourquoi choisir la pneumologie hospitalo-universitaire en 2026 ?
Publié le 17 septembre 2026

Près de 40 ans après m’être engagé en pneumologie à la fin des années quatre-vingts, la Revue de l’Internat de Paris m’a sollicité pour rédiger une tribune libre afin de partager mon regard sur l’évolution de la spécialité, les défis à venir, qu’ils soient scientifiques, humains ou organisationnels, et la place de l’innovation hospitalo-universitaire dans le futur de la discipline. Ce programme ambitieux nécessiterait un ouvrage complet, mais je me contenterai de partager quelques réflexions et une ambition pour la santé respiratoire ici et dans le monde.
La pneumologie est une discipline dont l’histoire est fascinante tant elle est marquée par des médecins visionnaires, mais aussi des patients célèbres et des personnages marquants de romans et d’opéras. Il y a une atmosphère particulière autour de cette spécialité qui voit se côtoyer pour n’en citer que quelques-uns Laënnec, Chopin et la Dame aux Camélias. Plus récemment, la pandémie Covid a menacé l’équilibre du monde et souligné l’importance de la santé respiratoire dans nos sociétés.
Les maladies respiratoires chroniques telles que l'asthme, la bronchopneumopathie chronique obstructive, les cancers broncho-pulmonaires et les nombreuses maladies pulmonaires rares dont la mucoviscidose, la fibrose pulmonaire idiopathique et l’hypertension artérielle pulmonaire représentent un fardeau majeur, avec plus de 500 millions de personnes touchées dans le monde. Ainsi, la bronchopneumopathie chronique obstructive est la troisième cause de décès selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Dans la région Europe de l’OMS, les estimations récentes soulignent le défi de santé publique auquel nous sommes confrontés, avec 43 millions d'asthmatiques (17 000 décès en 2019, 2 millions d'années de vie en bonne santé perdues, coût annuel estimé à
33,9 milliards d'euros) et 41 millions de patients atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive (349 000 décès en 2019 et 7,7 millions d'années de vie en bonne santé perdues, coût annuel estimé à 48,4 milliards d'euros). Les conséquences socio-économiques des maladies respiratoires transmissibles et non transmissibles sont donc considérables. En France, la prévalence de l'asthme est de 7 % chez les adultes et supérieure à 10 % chez les enfants, la prévalence de la bronchopneumopathie chronique obstructive est supérieure à 6 % chez les Français âgés de plus de 45 ans et l'hypertension pulmonaire touche 1 % de la population, le plus souvent dans le contexte de maladies respiratoires chroniques ou du cœur gauche. Avec plus de
30 000 décès répertoriés en 2021 en France, le cancer du poumon est la première cause de mortalité par cancer. Enfin, la tuberculose reste à ce jour la maladie due à un agent infectieux unique qui provoque le plus grand nombre de décès et l’une des dix principales causes de mortalité dans le monde.
Des facteurs environnementaux (fumée de tabac, pollution de l'air intérieur et extérieur, expositions professionnelles, températures extrêmes) provoquent des épisodes respiratoires aigus (pneumonie, crises d'asthme, exacerbations de BPCO…) qui altèrent la fonction pulmonaire et entraînent un risque de dysfonctionnement persistant et de handicap. Il faut souligner ici que la dyspnée et l’insuffisance respiratoire sont des manifestations particulièrement pénibles qui justifient les efforts de recherche pour les traiter et en prévenir les causes. Les pneumologues ont compris très tôt l’importance de la prévention (port du masque, aération, qualité de l’air à la maison, au travail et dans la ville, lutte contre le tabagisme et les addictions, vaccination, etc.). Ils sont aussi en soutien des populations les plus vulnérables, du nouveau-né au sujet âgé, des populations migrantes ou pauvres, ici en Occident et plus largement dans le monde.
Les soignants et les chercheurs ont développé des outils de recherche pour mieux comprendre et traiter les maladies respiratoires fréquentes ou rares. Il faut toujours commencer par bien poser le problème en décrivant les besoins non couverts dans des populations suivies dans des registres multicentriques et des cohortes, bénéficiant de mesures fonctionnelles respiratoires étudiant précisément le poumon et sa circulation et de techniques d’explorations en particulier par imagerie. Il faut ensuite s’appuyer sur des centres de ressources biologiques pour disposer d’une source d’échantillons permettant d’explorer les mécanismes cellulaires et moléculaires de ces maladies, puis d’identifier des cibles pour développer des innovations thérapeutiques. Plus largement, le pneumologue s’inscrit dans des approches multidisciplinaires s’appuyant sur la biologie, la physiologie, l’épidémiologie, la chimie, la pharmacie, l’intelligence artificielle et les technologies pour la santé. Enfin, la proximité avec les patients et les aidants est essentielle pour définir des priorités partagées et construire un projet commun.
L’hôpital universitaire est le lieu central qui permet d’orchestrer cette recherche et ces réseaux. A l’hôpital, on peut travailler avec les unités de recherche clinique, les centres de recherche clinique, les centres d’investigations cliniques, les centres de ressources biologiques, les centres de référence et de compétence. En regard, les laboratoires (soutenus par l’Inserm, les universités, les organismes de recherche et parfois l’hôpital), les formations universitaires (licences, masters, doctorats, formations courtes et diplômes universitaires) et les stages formateurs dans les services et laboratoires, constituent une base essentielle pour offrir le meilleur en termes de soin, de formation, de recherche.
A titre personnel, cette année 2025 a été marquée par l’attribution du Grand Prix de la Fondation AP-HP et du Grand Prix Inserm pour nos travaux sur l’hypertension artérielle pulmonaire qui ont permis des avancées décisives. Lorsque j’ai appris cela, j’ai pensé à la chaîne de solidarité extraordinaire partie des patients et de leurs aidants pour mettre en place de nouvelles prises en charge d’une maladie qui reste grave, mais qui ne sera plus jamais orpheline. Cet exemple montre que notre discipline dispose d’une communauté et d’outils extraordinaires permettant de nous engager avec détermination pour proposer des transformations décisives de la prise en charge des maladies respiratoires quelles qu’en soient les causes. À la question de savoir pourquoi s’engager dans la pneumologie hospitalo-universitaire, la réponse est simple : pour pouvoir agir concrètement et participer ainsi à une recherche multidisciplinaire qui permet d’accompagner les progrès constants de la prise en charge d’un nombre considérable de pathologies variées mais traitables.
Le Kremlin-Bicêtre, le 15 décembre 2025
